L'ESPIONNAGE DE PAPIER: RÉVÉLATION & REPRÉSENTATION DE CONNAISSANCES

Paul Bleton





RÉSUMÉ

En traitant la figure de l'Espion comme une emblème de la rencontre entre la guerre froide -- guerre secrète s'il en fut -- et la littérature de grande diffusion, l'auteur élabore sa conception des liens entre la littérature, le savoir (scientifique) et la guerre froide.



ABSTRACT

The connections between literature, (scientific) knowledge and the Cold War are examined through a consideration of the Spy as an emblem of the encounter between the Cold War -- a truly secret war -- and popular literature.





Guerre froide, littérature de grande diffusion, espionnage et savoir




Trois termes cadrent le thème sur lequel nous sommes invités aujourd'hui à parler: littérature, savoir (scientifique) et guerre froide. Je me les approprierai en les traduisant ainsi.

Première étape: l'Espion. Il serait emblématique de la rencontre de la guerre froide et de la littérature de grande diffusion: la guerre froide comme figure historique et discursive (plus que comme stricte périodisation) et la littérature de grande diffusion comme croisement du récit et de la culture médiatique. Comme emblème, il est multiplement arboré dans la culture médiatique: 007 et ses <<paralittéraires>>, les best-sellers de Le Carré ou Ludlum, les films marqués par les œuvres codées d'Alfred Hitchcock, les séries télévisées consacrées entièrement ou occasionnellement à l'espionnage, voire les jeux de société et les jeux vidéos[1]. On le retrouve aussi comme figure de l'espiomanie mcCarthyste, de la taupe britannique, et dans le prétendu entourage kagébiste de de Gaule... Enfin, l'Espion est couronné, glorifié, avec l'aboutissement de la doctrine du containment, dans la figure des espions-chefs d'État: Andropov, Bush. Décidément, l'espionnage est devenu une composante reçue de notre conception des relations internationales.

Seconde étape: comment en retour un tel personnage emblématique permettrait-il de poser de façon singulière la question de la relation littérature/savoir? Toute traduction appropriante est bien sûr réductrice. Pour demeurer froide, la guerre entre les deux blocs devait être menée par guerres interposées, dans des théâtres lointains d'opérations: c'est ce que <<guerre froide en SF>> aurait thématisé, en éloignant davantage ces théâtres d'opérations. L'espionnage met toutefois en lumière un trait sémantique plus central à la guerre froide -- l'oxymoron qui fonde sa figure historico-discursive: pour rester froide, il fallait que cette guerre soit menée secrètement, par militaires-sans-uniformes interposés. /pp. 5-6/

Le choix du personnage de l'Espion et de l'univers du spionspiel, placés au point de jonction du savoir et de la guerre froide, produit un premier effet: la mise en perspective des belles-lettres. J'entends littérature, dans le titre de ce colloque, comme discours prenant l'espionnage pour objet.[2]

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Ainsi cadrées par l'emblématisation du personnage de l'espion, on peut se demander quelles configurations la littérature et le savoir ont pu prendre pendant la guerre froide?

Considérons la fabula préfabriquée que voici. Pour son pays, Q a inventé une nouvelle arme. En secret, il parle de ses travaux à P. Leur conversation est toutefois surprise par D, faux domestique (faux laborantin, faux contre-espion…), mais véritable espion au service d'une puissance contre laquelle l'invention devait justement être tournée. Intrigue typique qui incarne une sorte de structure élémentaire, à quatre relais, du secret: détenteur, dépositaire, exclu et intrus.[3] En plus de lui assigner cette place structurale, l'encyclopédie commune attribue à l'activité de l'espion-intrus une base phénoménologique, une scène casuelle qui tient dans son étymologie: un Agent, dissimulant le fait qu'il épie sa Victime, crée entre eux une relation non-réciproque. L'encyclopédie intertextuelle d'un lecteur sériel prévoirait même des complexifications à la base scénographique et à la structure élémentaire du secret: pour la première, exposer ce regard invisible et malveillant, exposer dans le double sens de rendre visible et de dénoncer, telle serait la tâche complémentaire et réciproque du contre-espionnage; pour la seconde, défendre ou attaquer le secret, ce qui peut incomber à l'agent du bon camp comme à celui d'en-face, à un professionnel ou à un amateur. La structure élémentaire peut se compliquer par itération ou par la perversion des composantes, commander la totalité de l'intrigue ou se réduire à un seul motif.

Dans tous les cas, la place du savoir semble prédéterminée, moins comme information que comme contenu du secret. Dans l'espionnage paralittéraire, sciences et technologies prennent le plus souvent une forme conventionnelle, fortement filtrée par la définition légale de l'espionnage et par l'encyclopédie techno-scientifique anticipée du lecteur. Ainsi, pour être compris du lecteur, le <<secret de fabrication>> sera moins souvent expliqué que désigné comme secret de la défense nationale. Avant même que le vocable /pp. 7-8/ roman d'espionnage n'existe, s'est mis en place le topos de l'arme terrifiante dans les romans patriotiques du début du siècle. L'espion a donc été accouplé depuis longtemps avec le savant dangereux ou le savant en danger, autres emblèmes de la modernité.

Ceci dit, le savoir techno-scientifique n'occupe pas moins deux autres places distinctes et conventionnelles: les petits jeux et le Grand Jeu. Les petits jeux, ce sont les ruses des espions, les trucs du métier de l'époque artisanale et les gadgets jamesbondiens… Occuper la place de l'intrus dissimulé requiert en effet une maîtrise des savoirs techniques spécialisés et des connaissances ordinaires appropriées. Le récit doit les montrer comme savoirs complémentaires de l'effraction et du leurre. Le Grand Jeu, c'est un discours d'accompagnement fourni à la représentation par la narration.

Déjà à ce niveau commun de l'horizon d'attente[4], l'espionnage paraît étroitement lié au savoir, mais tout aussi étroitement voué à générer la suspicion. Non seulement le caractère structurellement élusif de la chose même, secrète par définition, contraint-elle à la médiation par un discours interposé entre lecteur et l'espionnage -- ce qui revient à dire que la pratique de l'espionnage ne s'entrevoit qu'à travers le discours d'accompagnement --, mais de plus le personnage emblématique et la formula sont riches de virtualités narratives et constituent un interprétant fort pour la lecture de textes non-fictionnels: tous les ingrédients sont réunis pour mystifier le lecteur!

Scénographie du spionspiel pour le grand public

Un scepticisme en quelque sorte nominaliste s'impose. Si l'espionnage est lui-même l'objet d'un discours de savoir, avant de pouvoir s'entendre sur son concept, il faudrait établir ce que le lectorat et le discours sur l'espionnage entendent par lui.

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Le récit paralittéraire, même quand il n'est pas lu, fait généralement fonction d'interprétant premier, avec ses composantes obligées (aventure, pouvoir, violence, détection et interprétation, recours à des maximes comme <<qui veut la fin…>>, <<les apparences sont trompeuses>>…). Étroitement imbriquée dans le récit paralittéraire, la révélation, acte de langage fondé sur une conception de la vérité comme aletheia massmédiatique et du lecteur comme grand public, a engendré tout un genre non-fictionnel qui forme la base de l'encyclopédie disponible à un lecteur ordinaire.

Acte de langage cardinal, horizon d'attente préalable à la lecture de tel ou tel livre, catégorie méta-discursive proposée par le genre pour se rendre intelligible, la révélation est tout d'abord une scène énonciative. Je me propose de la décrire à partir d'un corpus composé d'une soixantaine de livres publiés en français dans les années soixante-dix.

Révéler: Mise en scène du sujet

Pour Lily Carré, ce qui compte c'est d'être l'énonciatrice d'un récit soulignant hyperboliquement son authenticité. Ni rouée par profession, ni rouée par nature: voilà comment Lily Carré voulait paraître dans ses mémoires. Et pour cela, il lui fallait dénier autant que possible avoir été une espionne.

Rien de tel chez Thyraud, Le Roy ou Trepper. L'épilogue du Lamia de Thyraud énonce quelques conditions de possibilité pour que coexistent services de renseignement et démocratie; il ne constitue pas le plaidoyer d'un espion repenti. Le Roy, acquitté par un jury, sera moins heureux auprès de ses pairs; par contre, si son biographe a la plume lourdement pathétique pour évoquer son exclusion, nulle dénégation ne s'y glisse. Plus sobre, ce n'est qu'après sa libération -- après plusieurs années passées dans les geôles staliniennes pour justement avoir dirigé l'Orchestre rouge (!) -- que Trepper considère achevée sa carrière d'agent: pas pour renier son passé, mais pour renouer avec sa communauté culturelle puis pour préserver la mémoire de son réseau. /pp. 9-10/

Tous témoins, ils ont grenouillé dans les eaux troubles des SR; puis en sont ressortis, ramenant à la surface des représentations pêchées dans cet autre monde du silence. La façon personnelle dont ils qualifient leur ancienne appartenance compte moins que leur statut d'<<hermès>> qui les situe entre le monde de l'espionnage et le grand public. La prise de parole, motif obligé des best-sellers des années soixante-dix, revêtait ici sa signification particulière issue du secret propre à l'univers de référence, de la dissimulation préalable et du silence dont elle s'arrachait.

C'est d'avoir été témoins que ces auteurs tirent leur autorité, de même que c'est d'avoir été acteurs qu'ils sont soupçonnables, que leurs témoignages sont pris dans la contention, dans un réseau de paroles contradictoires. Et cette contention s'étale à son tour sous les yeux du grand public pris à témoin alors qu'il est le premier exclu du monde de l'espionnage, étant tenu à distance par le secret d'État. Contre le <<silence actif>> de ceux qui auraient pu témoigner et qui ne l'ont pas fait, le témoignage a valeur polémique; mais contre la méconnaissance, voire l'indifférence amusée ou dédaigneuse du grand public, le témoignage a valeur didactique. Il n'est pas seulement demandé au grand public saisi de l'affaire de juger de la valeur divertissante de ces mémoires, mais aussi de leur valeur historiographique, parfois de leur force dans la controverse avec d'autres réminiscences inconciliables dont des procès ou des scandales mass-médiatisés exacerbent spectaculairement le caractère contradictoire

D'abord, parler plutôt que se taire. Puis convaincre et faire savoir. Le premier argument de la proposition <X révèle Y à Z> peut recevoir, outre le recours au témoin, une seconde interprétation: l'historiographe -- anciens agents rapportant la geste de leurs camarades ou de leurs subordonnés, conservateurs de traditions familiales ou hagiographes, journalistes et commentateurs de l'Histoire immédiate…

Ici encore, ce n'est qu'indirectement qu'on peut parler de leur compétence et de leur autorité à révéler, puisqu'il ne s'agit pas d'apprécier la valeur de vérité des révélations de /pp. 10-11/ l'historiographe, mais de repérer dans son discours les stratégies de représentation de sa compétence ou de son autorité à révéler.

Le degré zéro de la mise en scène de l'autorité consisterait à laisser le lecteur dériver la vérité de la révélation elle-même (on voit le cercle vicieux), ou modestement, mais imprécisément, à effacer l'auteur devant les véritables témoins.

Deux figures encadrent ce degré zéro: l'érythisme énonciatif et le fidèle rapporteur. Dans la première, il s'agit de montrer combien le simple fait de prendre la parole peut être efficace et dangereux pour le silence établi et, partant, dangereux pour qui prend la parole. La préface de V. Marchetti, l'avant-propos du conseiller juridique de l'American Civil Liberty Union, les passages caviardés signalés par des blancs barrés par le mot <<censurés>>, quand la censure a été maintenue par décision de justice, ou signalés par une typographie différente, quand la CIA n'a pas réussi a prouver au tribunal le bien-fondé de la censure…; autant de traces de la légitimation du témoin par les efforts de l'adversaire à le réduire au silence.

L'autorisation du fidèle rapporteur lui vient de ce qu'il a d'abord été le dépositaire du secret que maintenant il révèle. Sa mise en scène consiste en un récit des pérégrinations du secret avant la révélation au public. Ainsi, la carrière de Thyraud s'est jouée autour du crédit que le raidissement anti-atlantique de de Gaulle et des directeurs du SDECE l'a amené à accorder aux propos de <<Martel>>, un kagébiste transfuge. Thyraud insiste non seulement sur le contenu de la révélation du transfuge, recouverte encore par le secret d'État (il existerait un réseau soviétique au sein même du SDECE, <<Saphir>>), mais aussi sur l'effet produit sur ses destinataires (des agents de l'espionnage et du contre-espionnage français qui prenaient eux aussi le transfuge très au sérieux). Croire ou ne pas croire le transfuge était encore prématuré. Thyraud attendait que ses collègues fassent enquête à partir de cette première révélation. C'est l'absence d'une telle enquête qui devait à la fois confirmer pour Thyraud le bien-fondé de la révélation de <<Martel>> et le décider à la publiciser.

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Révéler: Mise en scène de l'objet

Après l'autorité et la crédibilité de l'Agent, le second argument de la proposition <X révèle Y à Z> est la richesse informative de l'Objet de la révélation.

La révélation est avant tout une assertion. Elle exprime la croyance du locuteur. Ses mots sont censés s'ajuster au monde et visent à le dire adéquatement. Mais le texte doit en outre souligner qu'il y a dévoilement d'un pan du monde tenu jusqu'ici secret, afin qu'il ne passe pas inaperçu. Il donne le mode d'emploi qui permet au lecteur de comprendre que telle assertion d'apparence anodine est en fait une révélation: depuis les jeux du titre et des sous-titres et les annonces proleptiques, jusqu'à la figure polémique de la révélation authentique se substituant à une pseudo-révélation antérieure.[5]

Intratextuelle et polyphonique, cette mise en scène de la révélation qui spécifie l'assertion peut devenir intertextuelle, par confirmation. Celle-ci, rétrospective, peut être l'effet des aléas de la lecture, des connaissances du lecteur ou d'une stratégie entièrement maîtrisée par l'auteur du texte postérieur -- c'est, par exemple, un roman (le sien) que Marchetti, dans la préface à La Cia et le culte de l'intelligence élève au rang d'une révélation à peine déguisée.

On comprend que dans un forum ouvert au grand public, la valeur de vérité de l'objet de la révélation relève elle aussi de l'argumentation plus que de la vérification.

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Révéler: Mise en scène de l'adresse

Comparé aux deux précédents, le dernier argument de <X révèle Y à Z> -- le bénéficiaire ou le destinataire -- semble plus modeste, même s'il est tout aussi nécessaire. Tout autant qu'un objet secret et un sujet informé, la révélation a en effet besoin d'un bénéficiaire qui ne soit pas encore dans le secret. Comme précédemment, ne sont retenues ici que les représentations textuelles de celui à qui s'adresse la révélation.

C'est d'abord son ignorance qui le constitue, ignorance telle qu'elle se dessine en creux, symétrique à la cambrure didactique; ignorance qui n'est pas seulement le contraire d'une connaissance. Elle n'est ni informe ni vide. La révélation doit se faire contre de fausses croyances et des préjugés.

Les fausses croyances sont évidemment le fait des romans d'espionnage et des vies romancées, fort dommageables pour la réputation d'authenticité dont voudraient jouir témoignages et historiographies: elles maintiennent indécise frontière du réel et du fictif, bien traduite par l'amphibologie de l'adjectif <<romanesque>>. Les préjugés sont issus d'une conception éthique de l'espionnage qui en contrarie la connaissance historique ou encyclopédique. Si la frontière entre fait et fiction reste souvent indécise, floue, la prévention morale contre l'espionnage n'est plus que résiduelle dans ce corpus (contrairement aux textes des années trente).

L'adresse peut aussi avoir été induite en erreur par des révélations antérieures, suspectes ou controversés. Lorsque la révélation est prise dans une controverse, que la conviction du lecteur devient l'enjeu d'une contention entre deux textes ou deux voix dans un énoncé polyphonique, c'est encore le plus souvent à une représentation individuelle de l'adresse qu'il est fait recours, alors que la caractéristique la plus notable du lectorat réel est son grand nombre. Certes, une révélation se fait en général à un destinataire choisi qui jurera de protéger le secret. Tel n'est pas le cas des révélations mises en scène par notre genre: les livres ne peuvent discriminer leurs lecteurs ni qualitativement, par rapport /pp. 13-14/ à leurs connaissances éventuelles du monde de l'espionnage, ni quantitativement. Certains de ces livres ont même été des best-sellers. Lamia illustre néanmoins la construction du lecteur implicite sous les espèces du grand public. Dans le mode de communication restreint interne au SDECE, le silence et les fins de non-recevoir que lui opposaient ses supérieurs ancraient, chez Thyraud, la conviction que les révélations du transfuge russe sur l'existence d'un réseau de taupes au sein du SDECE étaient authentiques. C'est pour sortir de cette impasse que Thyraud change de destinataire, et cette décision communicationnelle est elle-même représentée dans Lamia, comme est nommée l'adresse de la révélation dans le nouveau mode de communication élargi: le grand public.

Puisqu'on évoque la représentation du lecteur (appartenant au grand public), signalons aussi dans les marges du genre, ou dans le flou de la frontière, une stratégie originale des romans à clé qui prétendent eux aussi révéler, mais sous le masque de la fiction. Ils se proposent deux lecteurs implicites: le lecteur de roman, qui se laisse ébaudir, et le bon entendeur.

Révéler: mise en scène de l'acte

Voici donc les mises en scène possibles, les dramatis personae qui constituent le programme de la révélation du discours sur l'espionnage. Il manque encore la description de la façon dont se représente la révélation, l'acte même de révéler. Cette fois-ci, il ne s'agit plus de la révélation faite par un texte, mais du traitement que le texte fait subir à la révélation effectuée par un autre texte.

Un premier degré serait une révélation que le texte présente comme sienne, alors qu'elle est citée ou qu'elle est explicitement reprise par le texte sans être qualifiée. Ainsi, l'histoire du meurtre du dirigeant de l'Union des populations du Cameroun par un spadassin à l'âge de la retraite racontée, par Fournier-Legrand, dans un livre retraçant toute l'histoire du SR français sur trente ans. Il est peu vraisemblable qu'elle ait été connue de première main /pp. 14-15/. Le texte provoque d'ailleurs une suspicion d'emprunt[6], mais aucune source n'est citée. Ici, c'est le principe de validation du document qui manque au texte; et qui lui <<manque>> non pas au nom d'une épistémologie, mais en regard des principes de sélection documentaire que les auteurs exposent explicitement.

Plus intéressant serait le cas paradoxal de cette révélation faite par Marks-Marchetti de l'existence du périodique Studies in Intelligence. Trimestriel publié par la CIA, traitant de questions d'histoire de l'espionnage ou de questions techniques visant à l'accroissement de l'encyclopédie de son savoir-faire et distribué au seul personnel de la CIA <<et à quelques autres lecteurs, choisis pour leur appartenance à d'autres services de renseignements. Même la revue critique de tous les romans d'espionnage doit demeurer ignorée du public américain>> (p. 262): voilà tout ce qu'ils peuvent en dire. La révélation a consiste à dire ici que la révélation b est inaccessible.

Leçons du spionspiel

Plus ou moins informée, plus ou moins riche, l'encyclopédie de l'espionnage pour le grand public est d'une grande homogénéité. Elle comprend bien sûr des informations, très nombreuses, très diverses en nature, mais le discours expert ne se réduit pas à ces informations; il les met en scène rhétoriquement. Le savoir s'y actualise par l'intermédiaire de la structure du secret et de la figure de l'intrus dissimulé, confirmant ainsi, en les redoublant, l'intuition linguistique commune et le récit paralittéraire. Toutefois, plus central que dans le récit paralittéraire, l'acte de la révélation sur lequel se fonde ce discours expert constitue pour le lecteur un passage obligé, voire une épistémologie spontanée (qu'il voit fonctionner sous ses yeux).

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Pour homogène que soit cette encyclopédie de grande diffusion, elle n'en reste pas moins génératrice de paradoxes, grevée d'incertitudes: avec ses poses historiographiques (l'héroïque ou le fidèle rapporteur), ses témoins (l'intriguant ou le professionnel), ses révélations à valeur de vérité difficilement documentable, ses lecteurs implicites mal placés (remplis de méconnaissances, de fausses croyances, de préjugés). Comme si connaître l'espionnage revenait à dupliquer structure du secret et figure de l'intrus, à placer rhétoriquement, et pour un moment, le grand public dans une quasi-simulation cognitive de la situation de l'espion! Comme si le savoir était essentiellement un secret à percer, déterminant une posture dominante, la révélation, en pleine période cybernétique et informationnelle: inévitable faiblesse pragmatique de la révélation, sollicitant à coup sûr quelque enchaînement sceptique… La révélation suscitera le scepticisme quant à son contenu, quant au statut de son discours de savoir pour le grand public en regard de la méthodologie historique, voire vis-à-vis de la notion même d'information - -- que le lecteur du grand public croit partager avec le cybernéticien.

Si tout cela n'épuise les configurations possibles de la relation <<espionnage & savoir>>, nous voici néanmoins devant la configuration largement dominante. Ce qui nous laisse avec quelques perplexités et l'idée de configurations alternatives.

Pour le lecteur, justement très distant de l'éventuelle connaissance scientifique pour laquelle s'affrontent les services secrets dont il lit l'histoire; pour le lecteur donc à qui s'adresse directement l'aletheia massmédiatique de la révélation de quelque vérité cachée de l'espionnage, cette conception du savoir divorce d'avec l'apparent enthousiasme du savoir scientifique à se communiquer: à se communiquer entre experts, mais aussi de l'expert au grand public par la vulgarisation. Certes, le savoir scientifique ne se donne pas d'abord sous les espèces du secret!

Divorce, ou du moins malentendu, dont la responsabilité est sans doute partagée. Elle incombe à la fois à l'espionnage qui réduit la science au secret-défense, à la communication pour le grand public, qui réduit la culture scientifique par le recours au /pp. 16-17/ Récit (le Récit d'espionnage étant un possible narratif disponible), et à la focalisation de ce discours expert (par définition, il ne voit la science que par les lunettes de l'espionnage). Focalisation particulière et étroite, mais tout à fait légitime, qui porte sur des pratiques en complète contradiction avec l'utopie communicationnelle dans laquelle baigne la représentation du savoir scientifique et sur les arrière-pensées de l'histoire des sciences pendant la guerre froide.

Ceci nous amène à une seconde configuration, plus insolite, de la relation <<espionnage & savoir>>, qui consiste à retrouver le substrat scientifique et communicationnel réel d'une affaire d'espionnage pour le grand public. Exemplaire, voire typique de par son succès, la trilogie de J. Le Carré a été le prétexte d'interprétations du type <<condition humaine>> quasi-obligées de l'affaire K. Philby, dans ses déploiements successifs. Avec une bonne dose d'anti-conformisme, Andrew Sinclair relit l'affaire Philby dans une perspective plus intéressante pour l'histoire du discours techno-scientifique. Il en fournit une interprétation plus spécifique en dégonflant la surévaluation littéraire dont elle a fait l'objet. À Cambridge, il y eut d'abord un conflit entre deux conceptions de l'accès à l'information scientifique: la conception libérale occidentale, qui se représente le refus de laisser circuler librement les idées comme une conception médiévale et corporative du savoir, contre une conception stratégique et politique, plus propre à la <<guerre froide>>. Or, c'est la conception dominante de la libre circulation des idées dans le milieu de la recherche qui a servi les soviétiques, bien plus que la romanesque trahison des Apostles! Utile rappel que l'espionnage est une vénéneuse version de l'accès à la connaissance produite ailleurs, du transfert de la technologie.

Au lieu de rapprocher étroitement le discours sur l'espionnage d'un substrat scientifique et communicationnel réel, la troisième configuration de la relation <<espionnage & savoir>> consiste à les éloigner, en considérant le spionspiel dans sa plus grande généralité et comme la représentation symbolique d'autre chose -- le spionspiel comme parabole. Dans l'expression <<service secret>> ce n'est plus le secret qui importe, mais le service, l'organisation, la communauté qui s'y fonde. Le spionspiel est une bonne /pp. 17-18/ parabole en ce que, menaçant les joueurs de mort, il permet de représenter sous une forme spectaculairement dramatique les risques encourus par l' homo frigidi belli à l'intérieur d'une nouvelle forme d'organisation sociale, d'une nouvelle façon de penser la communauté du travail: roman d'espionnage paralittéraire comme version romanesque des premières inquiétudes américaines à l'endroit de l'idéologie organisationnelle[7]; voire, roman d'espionnage littéraire comme thématisation de l'aliénation par la règle sans objet de la névrose obsessionnelle.[8]

En retour, la justesse de la parabole se confirme dans la pertinence d'une notion comme celle de <<culture organisationnelle>> pour comprendre les différences de fonctionnement des services secrets nationaux.[9]

Une quatrième configuration, plus complexe, consiste à tirer la leçon d'une seconde logique, partiellement contradictoire avec la logique du secret fondamentale à l'espionnage, tout en préservant cette première: la logique de la tromperie.

Savoir ou ne pas savoir. La configuration de la révélation héroïcisait le savoir, en faisait une conquête. La configuration socio-politique de l'accès à la connaissance exacerbait la différence entre culture littéraire et culture scientifique. La configuration /pp. 18-19/ de la parabole était indifférente à une connaissance du monde de l'espionnage (régime littéraire du vraisemblable). La dernière configuration -- une mise en scène de l'incertitude entre savoir et ne pas savoir sous les espèces du jeu (et peut-être du savoir) -- traverse science et littérature et s'accomode parfaitement à la fois d'une lecture parabolique et d'une exposition du savoir comme aletheia massmédiatique.

Avec intoxication ou désinformation, l'espionnage peut encore relever de la première configuration: éventuellement rabattue sur l'idéologie simplette de quelque causalité diabolique, résistant à l'utopie optimiste de la communication[10], contredisant le relatif désenchantement du discours scientifique comme dans la configuration de la révélation, apparaît ici aussi l'idée d'une vérité qui n'est pas toujours bonne à dire, mais qui demeure protégée dans son essence même par le fait qu'elle est cachée. Dans le registre du secret, donc de l'acte de la révélation et du paradigme de la trace[11], réelle ou romanesque, l'enquête (formule du roman policier) s'accorde parfaitement au récit d'espionnage.

Avec intoxication ou désinformation, l'espionnage peut bien relever encore de la première configuration, il n'en ressortit pas moins à un autre paradigme qui englobe, en le réinscrivant, le précédent. Il déplace le modèle paralittéraire du héros maniaque (qui agit seul) vers la complexité du jeu dans lequel il est pris: de la trace au jeu. [12] Non seulement le jeu l'oppose-t-il à l'adver- /pp. 19-20/ saire, mais aussi, plus sournoisement, à devoir lutter contre ses alliés, sans comprendre ni pouvoir leur faire confiance. Enfin, si son action décide de sa place dans l'organisation, il ne peut pas assigner un sens à cette action.

Pour le désinformateur, la réalité a la structure d'une fiction. Dans le Grand Jeu, les moyens mis en œuvre par les espions ont la cohérence d'une technologie, d'une sagesse corporative, d'une culture du combat et d'une philosophie spontanée de l'Histoire. Narrativement, il fonde des structures de fiction s'appliquant aussi bien aux coups tordus des espions (réels ou littéraires) qu'à la relation littéraire elle-même: thème moins facile à traiter en paralittérature, peu traité dans la littérature non-fictionnelle, mais tout à fait <<littéraire>>, qui permet au lecteur de réduire les complexités paradoxales des stratégies de la guerre secrète et des relations internationales. Il ne nécessite pas la connaissance des arcanes du spionspiel: l'incertitude sur la fidélité amoureuse ou sur l'allégeance réelle (dans les romans de la trahison) s'avère un modèle de compréhension tout à fait transposable. Par contre, la lecture de fictions complexes fournit une puissante approximation de l'univers de l'intox: comme si l'écriture de l'intrigue romanesque et le jeu avec le lecteur devenaient en quelque sorte des modèles technologiques pour le maître-intoxicateur.

Paul Bleton
Télé-université (Montréal) & creliq

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v.2. Le cheval de Troie. L'affaire Régnier. Baden Powell. La main noire. L'espionnage pendant la grande guerre.

v.3. L'assassinat de Trotsky, Le piège de Pearl Harbor. Mossadegh et la guerre du pétrole. Grabb l'espion sous-marin.

v.4. Les services spéciaux israéliens. L'affaire Burgess, Maclean et Philby. Allemagne: suicide en série. L'espionnage économique. /pp. 22-23/

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/p. 24/

[1]Comme le récent <<James Bond jr.>> sur le système Nintendo.

[2]L'espionnage avait été remarqué comme genre chez les critiques anglo-saxons, sans doute grâce aux œuvres de Conrad et Buchan. Voir surtout James Corbett, <<The art of writing thrillers>>, Contemporary Review 182, 1952; Richard Usborne, Clubland Heroes: A Nostalgic Study of Some Recurrent Characters in the Romantic Fiction of Dornford Yates, John Buchan and Sapper, (Londres: Barrie & Jenkins, 1953) et Curtis Carroll Davis, <<Speak to me softly: the permanent fascination of the spy story>>, Columbia University Forum 4, (printemps 1961).

De nombreuses études ont été consacrées à Conrad et Buchan, notamment: Archibald Hanna, John Buchan 1875-1940: A Bibliography (Hamden (CT): Shoestring Press, 1953); Robert Standish, The Prince of Storytellers (Londres: Peter Davies, 1957); Michael Harrisson, Peter Cheyney, Prince of Hokum (London: Neville Spearman, 1954); A. G. H. Backrash, <<Joseph Conrad's western eye>>, Neophilologus 37 (juillet 1953), part 1 & 37 (octobre 1953) part 2 et Harold Edmund Davis, <<Conrad's revisions of The Secret Agent: A study in literary impressionism>>, Modern Language Quarterly 19 (septembre 1958).

L'anthologie de Graham & Hugh Greene, The Spy's Bedside Book (Londres: Rupert Hart Davis, 1957) devait permettre de prendre conscience de la longue histoire du genre. (Elle devait être publiée en français sous le titre du Manuel du parfait petit espion (Paris: Laffont, 1958)).

La parution d'Il Caso Bond, d'O. Del Buono & U. Eco (éds) (Milan: Casa E. Valentino Bompiani, 1965) devait faire prendre conscience de l'importance de cet emblème dans la culture médiatique (The Bond Affair, (London: MacDonald, 1966)). En français, le roman d'espionnage reste ignoré de la critique jusqu'à J. Raabe & F. Lacassin, Bibliothèque idéale des littérature d'évasion, (Éd. universitaires, 1969) et au ndeg. 43 du Magazine littéraire en (1970); au Québec, jusqu'au Phénomène ixe-13 - collectif de D. Saint-Jacques, V. Nadeau & M. René, G. Bouchard, L. Milot, C.-M. Gagnon) (Québec: Presses de l'Université Laval, <<Vie des lettres québécoises>>, 1984).

[3]Cf A. Zempléni (1976).

[4]Ou de la formula à la Cawelti (1976 et 1987).

[5]<<Le même Rœder ajoutait qu'à Berlin, sur les soixante-quatorze condamnés, quarante-sept furent exécutés. Force est de constater que mes recherches n'ont pas abouti aux mêmes résultats>> (p. 206) annonce Trepper, renvoyant à la liste compilée par ses soins, détaillant le sort des membres de l'Orchestre rouge...

[6]>>L'affaire eut un certain retentissement en Europe et surtout en Afrique où Moumié devenait le martyr de l'UPG << (p. 93).

[7]Entre 1954 et 1965, entre la fin de la guerre de Corée et le début de celle du Viet-Nam, début de la réflexion sur le comportement organisationnel (The Practice of Management de Peter Drucker date de 1954, Toward a Psychology of Being d'A. Maslow de 1962; et The Organization Man de W. H. Whyte (éditeur au magazine Fortune), de 1956. Cf R. J. Ambrosetti, (1973). Plus moderne, c'est sous la forme moins symbolique, plus technique, de la culture organisationnelle respective des grands services de renseignement que l'organisation fait un intéressant retour - cf L. Nodinot & M. Elhias (1988).

[8]Chez la psychanalyste G. Pankow (1986).

[9]Cf L. Nodinot & M. Elias (1988).

[10]Cf Ph. Breton (1992).

[11]Cf Carlo Guinzgurg (1980)

[12]Le paradigme du jeu, introduit dans les sciences humaines des années trente (J. Huizinga, Homo ludens, 1938; critiqué par R. Caillois, <<Jeu et sacré>>, 1946 - réédité ultérieurement avec L'Homme et le sacré -; critiqué aussi par E. Benveniste, <<Le jeu comme structure>>, Deucalion 2, 1947… Il trouve son expression dans l'histoire du roman d'espionnage avec sa représentation non-patriotique, avec à la fois le cynisme du roman hard-boiled et celui, désenchanté, de la représentation de cet univers comme spionspiel .